Nouvelle Calédonie - Lyon - Paris

Le bonheur au travail : une aspiration personnelle qui sert l’entreprise

Longtemps, parler du bonheur au travail a été hors de propos et hors de pensée. L’objectif du travail était simplement de gagner sa croûte. Hommes et femmes s’épuisaient dans les champs et étouffaient dans les mines ? Cela était considéré comme une fatalité normale. Le travail n’était pas jugé à l’aune du bonheur, il était rattaché fermement à sa malheureuse étymologie « tripalium, instrument de torture » . Même les congés payés institués en 1936 ne disaient pas autre chose : le travail est un temps difficile qu’il faut stopper de temps à autre pour retrouver la détente et le plaisir.

Cependant, depuis quelques années, un discours émerge, détonnant. Il prône l’épanouissement au travail ; voire le bonheur. Il expose que le temps passé au travail – objectivement important – doit servir les intérêts de l’entreprise mais aussi, ceux de la personne dans ses aspirations profondes.

Caprice de pays riches ? Luxe impossible en ces temps de chômage persistant ?

Du refus de la souffrance...

Nos sociétés occidentales, de plus en plus hédonistes, ont en effet permis cette pensée audacieuse. Serrer les dents et souffrir pour conserver son emploi devient de moins en moins courant. Les exemples tragiques de suicides chez Orange et Renault il y a dix ans ont confirmé que la souffrance au travail ne se réduit plus à une défaillance personnelle que l’on gérerait à coup de pilules. Elle devient un enjeu sociétal, politique, managérial. En témoignent le récent débat public sur la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle ou l’apparition de mots nouveaux « bore-out », « brown-out » qualifiant des malaises profonds.

Ainsi le bien-être au travail s’est défini en premier lieu – et a minima – par la prise en compte de la pénibilité et la prévention des risques psycho sociaux.

A l'exigence de l'épanouissement

Mais le bonheur au travail ne saurait se réduire au seul champ de la prévention. Pour répondre aux revendications de bien-être, les entreprises multiplient les innovations. Le mobilier devient ergonomique, les horaires sont adaptables, la cafétéria relookée accueille des cours de yoga et les baguettes de pain arrivent toutes fraîches sur les bureaux feng shui. Le corps, la personnalité, la vie privée ne sont plus les points aveugles de l’entreprise. Depuis 2016, une fonction nouvelle est imaginée : celle du happiness manager. Sa mission ? Porter une écoute bienveillante aux malaises des salariés et construire avec eux une qualité de vie optimale.

Le bonheur au travail réside dans la qualité du travail lui-même

Ces améliorations ont sans conteste des répercussions positives sur l’humeur des salariés. Mais attention ! De même qu’il ne fallait pas confondre bonheur et prévention des risques, il faut dépasser les apparences.
Une table de ping-pong n’a jamais rendu personne heureux. Et une salle de repos, si personne n’ose y aller, ressemble à une provocation.
Toutes ces propositions en effet doivent être portées par la hiérarchie au risque de se retourner contre elle. Ainsi, qu’a-t’on à faire d’un bureau lumineux, si on se perd dans des procédures obscures ? Peut-on partager un cours de méditation avec un chefaillon sourd à toute initiative ? Bien gérer la souplesse de ses horaires si les objectifs sont mal définis.

La clé du bien-être au travail passe par une bonne organisation, une part de liberté, des missions claires, des progrès. Et ça, c’est essentiellement le boulot des managers, pas des décorateurs.